vendredi, 24 juin 2011

Une grande dame de l'Egyptologie nous a quittés

Christiane Desroches Noblecourt est décédée à Sézanne hier, le 23 juin 2011, à l'âge de 97 ans.

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Christiane Desroches Noblecourt est née le 17 novembre 1913 à Paris. Elève au lycée Molière à Paris, elle se passionne pour la découverte du tombeau de Toutânkhamon par Howard Carter en 1922. Après une licence d'études égyptiennes à l'École pratique des hautes études, elle sera encouragée par l'abbé Étienne Drioton (qui plus tard remplace Pierre Lacau à la tête du service des Antiquités), et entre au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre en 1936. Première femme nommée au poste de pensionnaire de l'Institut français d'Archéologie orientale, dirigé à l'époque par Pierre Jouguet, le beau-père de Jean-Philippe Lauer, elle est également la première à diriger un chantier de fouilles en 1938.

Sauvetage des monuments de Nubie

La construction du nouveau barrage d'Assouan allait devenir la grande affaire de sa vie. Certains  monuments vont purement et simplement être engloutis et perdus à tout jamais, parmi lesquels les temples d'Abou Simbel. L’UNESCO demande aussitôt à Christiane Desroches-Noblecourt, alors conservateur des Antiquités égyptiennes du Louvre, d’établir un inventaire de tous les monuments menacés. En second, il faudra trouver les fonds nécessaires à une aussi colossale entreprise.

Le 8 mars 1960, Christiane Desroches Noblecourt, en compagnie de Sarwat Okasha, ministre égyptien de la culture, lance un appel solennel à la solidarité mondiale depuis la tribune de l’UNESCO. En plus des quatorze temples qu’il faut déplacer, il s’agit de procéder à des fouilles de toute urgence, sur des sites qui seront recouverts par des dizaines de mètres d’eau et qui n’ont été que très peu étudiés en détail.

En pleine guerre froide, cinquante pays vont contribuer à sauver ces monuments qu’on classe au patrimoine de l’humanité, car ils font partie de l’héritage de toutes les nations. Philæ, Kalabcha, Ouadi es-Séboua, Dakka, Derr et d'autres sites sont déplacés, dont les plus connus sont les temples d'Abou Simbel. Il faudra vingt ans pour mener à bien ces sauvetages, et ces vastes chantiers peuvent être qualifiés de pharaoniques par leur démesure, et l’inscription du petit temple de Néfertari s’y applique à merveille : « Jamais pareille chose ne fut faite auparavant ».

Le sauvetage des monuments de Nubie va avoir des conséquences inattendues. La première est une amélioration des rapports franco-égyptiens, après la désastreuse intervention du Canal de Suez, qui se traduit en 1967, par l’organisation d’une exposition Toutânkhamon au Louvre, avec 1 240 000 visiteurs, ce qui constitue alors un record jusqu’en 1993.

En 1976, l’exposition Ramsès II à Paris compte (1 200 000 visiteurs), accompagnée du sauvetage de la momie du plus connu de tous les pharaons, et celle d'Amenhotep III, en 1993, beaucoup moins fréquentée.

Enfin, dernière conséquence pour le Louvre, le gouvernement d'Anouar el-Sadate, qui a succédé à Nasser, décédé deux ans plus tôt, en remerciement de sa contribution au sauvetage des monuments de Nubie, offre le buste d'Amenhotep IV, plus connu sous le nom d’Akhénaton.

En 1984, grâce à la donation de Germaine Ford de Maria et assistée de Christian Leblanc, elle déblaye et aménage la Vallée des reines. Plus de 100 sépultures sont enregistrées et explorées.

Elle a consacré la dernière partie de sa vie à l'écriture et ses recherches portaient essentiellement sur le symbolisme. On le lui a souvent reproché. Une erreur d'interprétation car elle s'élevait avec véhémence contre "ces charlatans qui s'enrichissent en vendant de l'Égypte ésotérique" : "symbolisme ne signifie pas occulte !" disait-elle.

Celle qui aimait tant l'Egypte a rejoint le royaume d'Osiris après une longue vie consacrée à sa passion: "Il ne faut pas aborder ce pays avec des idées reçues, disait-elle, mais le laisser parler sans s'exprimer à sa place".

Pour la réécouter en podcast sur France Culture, cliquez ICI

Christiane Desroches-Noblecourt est l’auteur de nombreux ouvrages :

  • Le style égyptien, Larousse, coll. « Arts, Styles et Techniques », 1940 ;
  • Avec K. Michalowski, Tell-Edfou 1939. Fouilles franco-polonaises, III, IFAO, Le Caire, 1950 ;
  • L'art égyptien, PUF, 1962 ;
  • Toutânkhamon, vie et mort d'un pharaon, 1963 ;
  • Peintures des tombeaux et des temples égyptiens, Paris, Flammarion, coll. « Le Grand art en livre de poche », 1962 ;
  • Vie et mort d'un pharaon, Toutânkhamon, Paris, Hachette, 1963 (réimpr. 1976) ;
  • Toutânkhamon et son temps, Petit Palais, Paris, Paris, Réunion des Musées Nationaux, 1967 ;
  • Avec C. Kuentz, Le petit temple d'Abou Simbel (2 vol.), Le Caire, 1968 ;
  • Avec Cyril Aldred, Jean-Philippe Lauer, Jean Leclant et Jean Vercoutter, Le temps des pyramides, Paris, Gallimard, coll. « L'univers des formes », 1978 ;
  • Avec C. Aldred, P. Barguet, J. Leclant et H.W. Müller, L'empire des conquérants, Paris, Gallimard, coll. « L'univers des formes », 1979 ;
  • Avec C. Aldred, F.  Daumas, et J. Leclant, L'Égypte du crépuscule, Paris, Gallimard, coll. « L'univers des formes », 1980 ;
  • Avec J. Vercoutter, Un siècle de fouilles françaises en Égypte 1880-1980, Le Caire, IFAO, 1981 ;
  • Avec L. Balout et C. Roubet, La momie de Ramsès II, Paris, Museum national d'histoire naturelle, 1985 ;
  • Le grand pharaon Ramsès II et son temps, Montréal, Palais de la Civilisation Montréal, 1985 ;
  • Les zélateurs de Mandoulis et les maîtres de Ballana et de Qustul, Le Caire, IFAO, coll. « Mélanges Gamal Eddin Mokhtar », 1985 ;
  • La femme au temps des pharaons, Stock, 1986 et 2001 ;
  • La grande Nubiade ou le parcours d'une égyptologue, Stock, 1992
  • À propos de la nouvelle tombe de la Vallée des Rois, Paris, coll. « Archéologia n°314 », 1995, p. 4-6 ;
  • Amours et fureurs de la lointaine, Stock, 1995 ;
  • Ramsès II, la véritable histoire, Pygmalion, 1997
  • Toutânkhamon, Pygmalion, 1999 ;
  • Le secret des temples de la Nubie, Stock, 1999 ;
  • La reine mystérieuse Hatchepsout, Pygmalion, 2002
  • Sous le regard des dieux, Albin Michel, 2003 ;
  • Symboles de l'Égypte, Desclée de Brouwer, 2004 ;
  • Le fabuleux héritage de l'Égypte, Télémaque, 2004 ;
  • Le secret des découvertes, Télémaque, 2006 .

Commentaires

c'était une très grande Dame pionnière de l'égyptologie.
malheureusement les JT ont préféré parler plus du décès de columbo, heureusement que france culture et france 5 lui on rendu homage!

égyptologiquement

Ecrit par : etienne | lundi, 04 juillet 2011

NOUS SAVIONS TOUS QU'ELLE ATTEIGNAIT UN GRAND AGE mais comme pour Jean Philippe LAUER dont les amis égyptiens avec qui il travaillait avait dit de lui "ALLAH l'a oublié !" je pensais que cette nouvelle n'arriverait jamais...je suis trés triste car je l'appréciais énormément, ses connaissances, sa nature, sa classe, cette femme ETAIT QUELQU'UN et tellement érudite pour ce qui concernait sa passion l'Egyptologie...
Il n'y a aucun doute, là haut elle retrouvera des passionnés comme elle, avec qui elle continuera à travailler comme elle l'a toujours fait pour notre plus grand plaisir...nous parlerons et penserons à elle pendant trés trés longtemps...ce n'est pas une personne que l'on peut oublier.
Josiane RONCHIN

Ecrit par : Josiane RONCHIN | lundi, 04 juillet 2011

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